SANKARA N’EST PLUS MAIS SON ŒUVRE SURVIT OUTRE TOMBE

« Le système néocolonial tremble quand le peuple devenu maître de sa destinée veut rendre sa justice ! » martelait le capitaine et ancien Président de la patrie des hommes intègres.

Il est passé de vie à trépas le 15 octobre 1987 et il continue à être érigé en héros par la jeunesse africaine. Pour un putschiste de 33 ans, qui n’a dirigé que 4 ans, les témoignages sont unanimes : Thomas Isidore Sankara est un symbole de la lutte anti-impérialiste.

Son honneur a été lavé à grande eau, lorsque son bourreau, ancien frère d’arme, Blaise Compaoré, fut chassé du pouvoir en octobre 2014, par un soulèvement populaire minutieusement préparé, sans que la moindre goutte de sang ne soit versée. Même si les circonstances de son décès n’ont pas encore été élucidées, le dirigeant déchu et contraint à s’exiler en Côte d’Ivoire n’est pas étranger à l’assassinat du « Che Guevara africain ».

Cet anticapitaliste a repensé le modèle de souveraineté économique, grâce à une série de mesures pour lutter contre la pauvreté et en rompant le rapport de dépendance avec la métropole. Il a agit par l’exemple en imposant le consommer local et la réduction du train de vie fastidieux des dirigeants à commencer par lui même. On se souvient d’un Sankara habillé par l’industrie textile Burkinabè. Il a rebaptisé la Haute Volta et a décliné 80% des aides alimentaires provenant de la surpuissante Métropole , afin de sortir du joug colonial.

Il a encouragé la production locale avec une juste rémunération des agriculteurs et rationalisé les canaux de distribution sur l’ensemble du territoire. Ce fut un visionnaire, planificateur avec d’excellentes capacités organisationnelles en plus d’être soucieux de l’environnement. C’est sous son mandat éphémère, que les fonctionnaires avaient la possibilité de faire leurs achats depuis leur lieu de travail, qu’ils ont bénéficié de la gratuité des loyers pendant un an afin de compenser la renonciation à certains de leurs avantages. En deux ans, l’ONU lui a reconnu une prouesse, l’atteinte de l’autosuffisance alimentaire tant décriée par ses successeurs des contrées voisines qui en font des promesses de campagne.

En bon écologiste, il comptait lutter contre la désertification en invitant à un reboisement du pays, ce qui avait le don d’exaspérer les pays à économie de marchés, qui n’étaient obnubilés que par la recherche du profit. Pas étonnant qu’il soit gênant, aux yeux des anciens colons qu’il défiait sans cesse par son style original, sa liberté d’expression, et en grand défenseur de la cause féminine il a légiféré pour l’égalité des sexes.

Dans nos pays marqué par le patriarcat, il a banni les mariages forcés, instauré le congé maternité, incité les hommes à faire les provisions. Cet illustre orateur a décrété l’éducation pour tous, la pénalisation de la prostitution, le prélèvement à la source sur le salaire des fonctionnaires comme rétribution à leur épouse au foyer!

Cet esthète comptait réécrire l’Histoire de nos patries tant malmenées. On lui a souvent reproché son chauvinisme, pourtant ce n’était qu’une forme décomplexée de patriotisme. En 1986, le capitaine Sankara, contrairement à beaucoup de ses homologues crapuleux, a rendu publique sa déclaration de patrimoine. Ce personnage au béret rouge, a rendu son pays attractif et sa mémoire fait partie intégrante du patrimoine africain.

En juillet 1987, lors du 25ème sommet de l’Union Africaine, Sankara terminait son discours en ces termes : « Les gourdins et les coutelas que nous achetons sont inutiles. Faisons en sorte également que le marché africain soit le marché des Africains. Produire en Afrique, transformer en Afrique et consommer en Afrique. Produisons ce dont nous avons besoin et consommons ce que nous produisons au lieu de l’importer.

Le Burkina Faso est venu vous exposer ici la cotonnade, produite au Burkina Faso, tissée au Burkina Faso, cousue au Burkina Faso pour habiller les Burkinabé. Ma délégation et moi-même, nous sommes habillés par nos tisserands, nos paysans. Il n’y a pas un seul fil qui vienne d’Europe ou d’Amérique. Je ne fais pas un défilé de mode mais je voudrais simplement dire que nous devons accepter de vivre africain. C’est la seule façon de vivre libre et de vivre digne. »

Nous invitons nos dirigeants à s’inspirer de celui, qui en un laps de temps, a permis à ses concitoyens à s’autosaisir de sa destinée. Osez sortir par la grande porte, après avoir accompli parfaitement votre mission et vous aurez le droit à une belle page dans l’Histoire!

Maïmouna Dia